-
Voilà. Un an s'est écoulé.
Nous sommes à la veille de sauter dans l'avion qui nous ramènera à la maison, à Québec, auprès de ceux que nous aimons.
Voilà.
Nous nous apprêtons à quitter.
On pourrait croire qu'après avoir visité plus de cent villes dans les derniers mois, nous aurions l'habitude de quitter, mais non. Partout où nous avons été, nous avons toujours été déchirés entre l'envie de rester plus longtemps et celle irrépressible d'aller aussi voir ailleurs. Et, cette fois, de retourner vers le familier, le connu, le confortable. Le chez-soi.
Pendant cette année, nous avons découvert un peu le monde avec toute l'ouverture et la disponibilité possible. Nous avons été séduit et choqué, bouleversé et charmé. Nous avons vécu à un rythme hors du temps, où l'on oublie quel jour de la semaine nous sommes mais où l'on est toujours surpris de voir à quelle vitesse elles passent. Les 52 ont passées et on se demande bien où elles sont allées.
Prendre conscience qu'une année puisse s'échapper aussi facilement ne fait que nous convaincre encore davantage que ce projet, ce long voyage, était l'un des projets les plus sains que nous ayons eu. Et qu'il n'était qu'un parmi les nombreux autres que nous aurions.
Pour l'instant, nous en avons un autre. Un grand projet qui nous enchante. Nous partons pour un autre voyage.
Chez nous. Avec vous.
Nous revenons découvrir notre coin de pays. Nous revenons vous retrouver, là où vous en êtes rendu avec vos vies. Et, ensemble, si vous le voulez bien, nous allons reprendre là où nous avions laissé le magnifique voyage que c'est que de vivre à vos côtés.
(^-^)p.s. D'ici deux ou trois semaines, toutes les photos seront en ligne. Si vous êtes toujours curieux... :o)
1 commentaire
-
« I talked to you because you have a beautiful handwriting and your fiancé is so beautiful. »
L'homme qui nous parle, assis sur la terrasse commune de notre hôtel à Kuala Lumpur, est Pakistanais. Un homme d'affaire prospère, marié, père de trois enfants. La plus jeune a un an.
Pour que ses enfants accèdent à un meilleur futur, il souhaite immigrer. Dans six mois, il ira visiter l'Angleterre et le Canada et décidera où sa famille passera le reste de leur vie.
La responsabilité qui lui incombe est grande et comme l'on peut s'y attendre il a peur. Non pas qu'il soit inquiet d'être refusé -il fait partie de l'élite de son pays et, en homme lucide et acharné, il semble savoir comment faire marcher les rouages de l'immigration- mais il a peur de l'inconnu.
Dans ses yeux, pourtant, il est clair que le ailleurs sera quand même toujours mieux que le maintenant, que sa maison bâtie sur un terrain instable et dangereux.
Il prend une pause dans son histoire et m'étudie un instant. Je suis la première canadienne à qui il parle et, joignant les mains ensemble, il me remercie profondément d'avoir bien accepté de lui parler. Se refusant à écouter mes protestations, je comprends les tensions raciales auxquelles il fait face quotidiennement.
Puis il se décide, c'est au Canada qu'il viendra.
Subitement, je souhaite qu'on soit davantage ouvert d'esprit, je souhaite que l'accueil qu'on fasse aux étrangers soit différente. Je souhaite qu'on comprenne et qu'on s'intéresse à qui ils sont, leur passé, leur présent et leur besoin de rebâtir leur maison dans un pays hospitalier. Avec nous, non pas à nos côtés.
Mais ses yeux brillent et je n'ose pas enlever la moindre parcelle de l'espoir qui l'anime, l'espoir de débarquer sur une terre d'accueil.
Il déménagera sa compagnie de portables à Toronto, c'est décidé. À regarder sa détermination, je tente de chasser l'image qui s'impose à moi, celle de milliers de rêves étouffés qui regardent dans le rétroviseur les passagers prendre place sur la banquette arrière d'un taxi.
(^-^)
aucun commentaire
-
Debout devant l'autobus qui doit nous faire traverser la moitié de l'île de Flores, Alain, deux amies américaines et moi restons là, interdits, le visage long comme notre incrédulité, avant de laisser tomber un petit rire. Un moment passe, mais rien à faire, c'est bien le nôtre d'autobus et il faudra nous décider à utiliser une de nos mains pour refermer notre bouche et l'autre pour se hisser à bord. Pourquoi diantre l'homme doit-il être muni d'un esprit de projection?!
Il faudra y passer douze heures.
Sur le toit, des hommes s'affairent à encorder les bagages pour en faire une orgueilleuse tour de Babel dont l'équilibre me semble aussi précaire que ma foi en la sobriété du chauffeur. À l'intérieur de l'autobus, 25 places sont disponibles. Nous sommes plus de 40. Des hommes se glissent donc le long des fenêtres et vont s'installer dans leur tour où l'air est meilleur. Ils leur faudra seulement rester alertes pour éviter les branches d'arbres que nous rencontrerons à chaque tournant.
D'autres restent debout, saucissonnés les uns sur les autres. Les portes doivent rester ouvertes afin que ces derniers puissent s'agripper comme ils le peuvent.
C'est mieux ainsi, de toute manière, ça permet de faire un courant d'air et d'éviter d'étouffer sous la fumée des cigarettes qui se consumeront sans répit ainsi que l'odeur de gaz qui se mêle à celle des oignons.
Des oignons. Car notre chauffeur est aussi un homme d'affaire aux grandes visées. Tant qu'à traverser la moitié de cette île indonésienne isolée, qu'il se dit, aussi bien en profiter pour faire des livraisons pour les restaurants.
Ainsi, pour les douze prochaines heures, Alain et moi aurons les genoux dans le menton car, sous nos pieds, l'on a placé d'immenses sacs de petits oignons rouges. Bien que nous soyons cinq sur une étroite banquette de quatre où seulement trois à la fois peuvent accoter leurs épaules sur le dossier, à regarder nos copines nous comprenons que notre situation est presque enviable. À chaque moindre coup de frein, les dizaines de boîtes, de valises et de sacs qui forment un infranchissable mur dans le centre de l'autobus menacent de leur défoncer les genoux. D'ailleurs, après cinq heures, elles décideront de débarquer et de venir nous rejoindre le lendemain. Good for them... 6 autres personnes ont ensuite pris place à bord... (2 out, 6 in?!)
Au rythme impossible d'un maximum de 23 km par heure, notre vieille machine serpente tortueusement sur la route qui relie entre eux les centaines de villages de Flores. Aussi rapidement que nos membres s'engourdissent en raison de notre position inconfortable (on pourrait pas mettre là les enfants?) des gens à bord commencent à avoir mal au cœur. Et, bientôt, on croirait par moment entendre les beuglements des buffles d'eau.
Par contre, ce n'est pas si peu qui fera arrêter notre homme d'affaire au volant de cet autobus, inquiet, sans doute, de manquer le commencement du match de soccer de 19h30. C'est vrai que les hymnes nationales, c'est pas rien...
Mais après 7 longues heures de trajet sans arrêt, sans que personne pas même les enfants ne murmurent une plainte, une blanche a finalement convaincu le chauffeur qu'il devait s'immobiliser. Si ma patience peut être grande, ma vessie n'en a aucune. Pas même besoin de parler le même langage. Mes gros yeux, la répétition du mot « toilet » et de « pleeeease » ont dû l'alerter suffisamment car, au milieu de nul part, il a mis les freins. Me félicitant pour une centième fois d'avoir bu un café avant de partir, j'ai glissé sur les boîtes et les gens afin de me hisser en dehors de mon sarcophage.
Nous étions dans un petit village et, comprenant l'urgence, un homme s'est décroché de l'autobus, m'a devancé et est allé demandé à une femme si je pouvais utiliser les toilettes chez elle.
Elle a acquiescé, je l'aurais embrassée.
Dans la cour arrière, un trou dans le sol, isolé d'une clôture de branches, fut un espace de paradis. Comme quoi, tout n'est qu'histoire de perspective.
À la noirceur, nous avons enfin atteint Bajawa, notre destination. Notre chauffeur, avec tout le respect qu'il avait pour sa clientèle, est d'abord allé livrer toute sa marchandise. Sauf les maudits oignons.
À l'hôtel le plus proche, nous avons jeté nos choses sur le lit et sommes aussitôt ressortis. Il fallait se dépêcher d'aller dans le restaurant du coin: le match de soccer allait bientôt commencer. Juste à temps pour les hymnes nationales!
(^-^)
aucun commentaire
-
Sur le quai, face à moi, des pêcheurs trient sur de longs filets les poissons qu'ils feront sécher toute la journée au soleil cuisant. Le long de l'eau, une route de terre battue: l'espace commun de centaines de familles qui logent sous leurs maisons aux toits de tôles rouillées.
À toute heure du jour, les enfants y courent pieds nus. Lors des prières, il est possible d'entendre leurs rires clairs se mêler aux chants musulmans qui s'élèvent de la mosquée à proximité. L'air est si envoûtant, si serein, qu'il est nul besoin d'être de leur confession pour en comprendre tout l'attrait et la profondeur.
Voilà que les chèvres bêlent, dérangées par une motocyclette qui se fraie entre elles un chemin, et les poules, battant frénétiquement des ailes dans leur course, maudissent le jour où l'évolution voulue qu'elles ne volent plus. Tout, ici, est à la fois trivial et essentiel.
Je sais que rien, ou si peu, de tout cela fait partie de ma culture ou de mon éducation. Pourtant, ce matin, assise au milieu de la vie de tous ces gens, à Flores, je ne me sens plus étrangère. L'Asie a maintenant les contours de la maison, la nôtre, celle où nous n'avons pas forcément besoin d'être pour qu'elle soit pour toujours en nous.
(^-^)
2 commentaires
-
Comme nous avions commencé notre voyage sur une petite île à l'est de la Malaisie, nous lézardons depuis quelques jours sur une microscopique île indonésienne. Faire le tour de notre dune prend un maximum d'une heure trente, la diversité de la vie marine donnerait des bégaiements à tout océanologue et les probabilités de rencontrer une foule de touristes sont aussi fortes que de souffrir, vers les midis, d'hypothermie. En plein ce que nous avions besoin.
Pour encore quelques années, avec de la chance et pas trop d'investissements, cette île restera à l'abri du tourisme de masse, des voitures, de la police, des MacDonalds et des Starbucks et représentera ce que nous cherchons tous vraiment lorsque nous nous envolons vers la plage. La tranquillité, la sainte paix, le silence ou, mieux encore, que le bruit des vagues en fond de décor. Je ne dévoilerai son nom que sous la torture. Ou si vous me le demandez.
À vous de choisir.
(Quoi? Ah... Je sais pas trop... vous détenez des parts dans une multinationale?!)
(^-^)
1 commentaire
Suivre le flux RSS des articles
Suivre le flux RSS des commentaires



