À l'aventure! Conquérons l'Asie!
« En Chine, il a longtemps manqué de tout, mais jamais de Chinois. » Baba nous lance un regard complice puis continue à se frayer un passage à travers les milliers de Chinois qui ont aujourd'hui envahi la place Tiananmen, Beijing.
Ce fut pareil pour le mur de Chine, où nous avions cheminé en rang de prisonniers; idem pour la Cité Interdite; même commentaire pour l'armée de terre cuite; analogue pour les rues piétonnières; identique et tout à fait semblable pour l'épicerie du coin! En Chine, y'a du monde, point à la ligne!
Mais, bon, vous conviendrez qu'il y a un moment où un besoin de plus grande solitude peut se faire sentir. Lorsque nous avons rencontré Alex, une formidable jeune française, elle nous a annoncé qu'elle envisageait faire de l'ascension du mont Huangshan une forme de quête spirituelle. Après un mois dans un grande ville enfumée, être loin des foules et retrouver un peu d'air pur étaient pressant. Nous nous sommes tout de suite liés à elle pour faire ce périple.
Va pour l'air pur.
Quant à la quête, je voudrais vous y voir entouré de dizaines d'autocars de touristes chinois qui rivalisent les uns avec les autres dans les marches étroites de pierre à la poursuite de leur guide qui s'essouffle dans un microphone...
Dur.
Ce n'est qu'en fin de journée que nous avons trouvé le calme tant recherché. Mais ce qu'il nous a coûté cher!
Vous devez comprendre que la carte des sentiers qui nous fut fournie n'était pas à l'échelle et que, seize heure, c'est bien tard pour s'aventurer sur un trajet de plus de dix kilomètres qui ramène tout en bas de la montagne... alors que la réservation d'hôtel est faite tout en haut.
Encore loin de notre destination finale, perchés sur un flanc de colline, nous avons à un moment repris notre souffle. Sous nos pieds, la terre s'ouvrait sur un profond ravin. Les couleurs brûlaient dans le ciel et donnaient aux longues herbes jaunes qui couvraient les montagnes environnantes une riche teinte dorée. Il n'y avait plus que nous.
Le mont Huangshan, ou la montagne jaune, recommençait seulement à respirer après avoir été envahie toute la journée de touristes. Une brise s'est levée et a peigné en tout sens les herbes, comme un chien qui se secoue après une longue baignade. L'ombre des pins tortueux s'est agrandie sur le sol avant de disparaître. Il faisait nuit.
Nous sommes rentrés à la faveur d'une lampe de poche. Et malgré les genoux douloureux, malgré la gorge toussotante, nous étions bien.
Pas plus spirituels, mais bien.
(^-^)