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À l'aventure! Conquérons l'Asie!

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Terminus, tout le monde descend
(et attention à la marche...)


Dites, saviez-vous qu'il y avait des palmiers en Inde? C'est marrant, mais nous, nous n'y avions pas pensé. Avant d'atterrir au cabanon aéroportuaire de Kolkata (non, l'œuvre de mère Thérésa n'est pas encore achevée), ça nous a frappé de voir ces longs ballets se balancer dans l'air du soir.

Des palmiers en Inde... Comme révélation, c'est assez banal, je vous l'accorde. D'ailleurs, l'unique raison pour laquelle je vous en parle, c'est qu'il s'agissait de notre première surprise. Notre premier tiens-j'y-avais-pas-pensé. Comme choc, pas beaucoup plus que 2 sur l'échelle de Richter. Mais je vous rappelle que nous n'avions pas encore atterris.

Une seule heure à Delhi —chaotique capitale vivement déconseillée pour un voyage de noces— et nous comprenions que notre périple de sept mois en Asie ne nous avait pas préparé pour l'Inde, là où chaque instant enregistre des tremblements entre 6 à 10 (attendez, c'est quoi le maximum?). Parole d'honneur, autant de secousses, ça peut provoquer de violents malaises. Il faut se donner le temps de s'habituer... et de descendre en s'agrippant du mieux qu'on peut.

...

Instantanés indiens


Le roi de la montagne

Le long d'une autoroute dans la capitale, juchés tout au haut d'un dépotoir démesurément immense, des hommes. Leurs petites silhouettes, comme des tâches dans le brouillard du matin, sont cassées en deux. Farfouillant le sol, imitant les singes et les chiens faméliques, ils s'affairent à trouver quelque chose à se mettre sous la dent ou à revendre. Les heures, comme figées par le brouillard crémeux qui habillera la ville jusqu'au soir, forment pour des milliers de gens en Inde le long chapelet d'espoirs brisés, de rêves souillés.

Sous les rois de la montagne, une publicité de sacs à main luxueux divertit les conducteurs de la poussière de pauvreté qui les étreint. Et nous étouffe.

Et ce maudit rickshaw qui n'avance pas.
Magnitude 7. On peut partir maintenant?

Et merde alors

Si vous êtes déjà venus en Inde, voici une blague qui vous fera bien rire.

C'est une fois un touriste en Inde qui demande à un policier à quel endroit sont les toilettes publiques. (L'auditoire s'esclaffe) Vous avez compris? Les toilettes publiques?! En Inde! Marrant, non?

(Ben quoi? Vous ne rigolez pas? Bah, vous pouvez toujours vous consoler en pensant qu'au lieu d'une blague d'un goût douteux, j'aurais aussi bien pu vous parler de l'odeur acide qui partout nous surprend, de la vision des enfants qui font leurs besoins sur le trottoir, des hommes qui urinent partout, des merdes laissées par les chèvres, les chiens, les vaches, les chameaux, les cochons, vous raconter que sous nos espadrilles en rentrant le soir, qu'on le veuille ou non, il y a toujours une grosse crôu... (Pardon? Ah! Vous rigolez enfin ma blague! D'accord, je vous dispenserai donc des détails...)

Magnitude 3 pour la vue; 5 pour l'odeur. (J'arrête, j'arrête!)

...

La stratégie des trois « R »


Pour un environnement plus sain, la gestion actuelle indienne consiste à laisser les détritus se rouiller, se ratatiner ou se faire ronger par les animaux. Ils envisagent bientôt utiliser la radioactivité pour en éliminer une partie. Ça pourrait pas nuire qu'ils se disent.

Sur ma bouteille d'eau, il est mentionné « crush the bottle after use ». À défaut de pouvoir la recycler, elle prendra ainsi moins d'espace.

Du sarcasme? Je n'en suis pas capable.

2 sur l'échelle lorsqu'on mesure la stratégie de gestion des déchets pour la première fois, auquel s'ajoute un dixième de point de plus à toutes les fois où nous apercevons des enfants jouer au cricket sur un dépotoir; une vache tenter d'avaler un sac de plastique qui lui obstrue la gorge; une chienne qui allaite ses chiots sur un tas de détritus, des feux de déchets le long des routes, etc. Etc.

Etc.


Vie et mort du peuple boiteux


Sur les abords du Gange dans la ville sacrée de Varanasi, anciennement Bénarès, une large foule est assemblée autour de feux qui s'élèvent.

Sans grande cérémonie, des hommes par groupe de quatre descendent le long des ghats —ces longues marches qui se tortillent des temples jusqu'au fleuve. Sur un simple brancard de bois, chaque groupe transporte un corps qu'ils plongent dans l'eau avant de le couvrir de parfums et d'encens. Et sans aucun cri retenu, sans aucune larme, sans même qu'aucun membre de la famille ne se détourne, le bûcher prend feu et enveloppe le corps de sa dernière parure.

Muni d'un long bâton, dans un geste mécanique, un homme ramène au centre d'un des feux deux pieds brûlés. Puis il passe au suivant. Sur la grève à quelques mètres de nous, il y a dix corps qui se consument. À nos côté, un prêtre croit nécessaire de se charger des détails théoriques « ...chaque corps prend trois heures à brûler... » Mais nous ne lui portons pas attention. Il y a trop à voir et vivre.

Bercés par la chaleur des feux, des chiens dorment sans être dérangés alors qu'un homme en profite pour faire sécher ses vêtements. Plus loin, des vendeurs proposent nourriture et thé. Un homme vend de la barbe à papa (j'insiste: de la barbe à papa!). L'Inde est un pays sans nuance ou la vie et la mort cohabitent avec insouciance. Et où le sacré et le prosaïsme s'épanouissent sous des formes extrêmes. Mieux vaut dormir dans un hôtel tranquille.

Le prêtre reprend. « Le plus long à brûler, c'est le bassin. Well, you understand, this bone is much bigger, see?!... »

Non, je ne vois pas. J'ai les yeux embués.

L'odeur de la chair qui brûle; apercevoir un visage carbonisé, tout cela ne nous quittera plus jamais.

9 sur l'échelle de Richter.
8 le deuxième jour.
Et 3 pour le reste de la vie. 


... 

 

Fou d'amour


À Agra, sur un terreau de misère s'érige un mirage blanc. Avec ses courbes parfaites, son allure princière et sa démesure, le Taj Mahal est une œuvre grandiose. L'avoir vu cent fois en photo n'y change rien: lorsqu'il se dévoile derrière l'imposante porte de pierre, impossible de ne pas être gagné par un moment de silence impressionné. Puis par la réflexion obligée: « tout ça pour une tombe? »

Il faut que son amour pour sa femme ait été aussi démentiel que son insouciance. Elle, elle était morte. Le peuple, il crevait de faim.

Le pays des extrêmes, je vous dis.

Mais qu'est-ce que c'est beau!

4 ou 5 sur l'échelle. Ça dépend si la journée est ensoleillée ou non.


 

Mon Maharadja à moi


Alain porte la barbe et les cheveux plus longs que vous ne l'avez jamais vu. Dans la rue, après l'avoir considéré un moment, un homme l'a complimenté sur sa barbe et lui a fait remarqué qu'il ressemblait à un maharadja. C'est vrai qu'avec sa récente et abondante pilosité, ses larges pantalons et sa chemise indienne, l'on pourrait presque croire qu'il fait le commerce des épices, qu'il conduit de façon à précipiter sa mort ou celle des autres, qu'il n'a qu'une vague idée de ce qu'est le papier de toilette et, qu'à l'inverse, il sait pourquoi Ganesh a une tête d'éléphant.

Toutefois, son teint pâle le trahit et ne trompe ni les enfants ni les jolies femmes; les premiers courant à ses côtés dans l'espoir que quelques roupies leur tombent dans la main; les secondes lui souriant discrètement, espérant... enfin, espérant qu'il devienne leur maharadja. Mais c'est le mien, de maharadja, et je n'ai aucune intention de partager!

Égoïste? Et si je donnais des sous aux enfants?...

Échelle de Richter: 10. Mon maharadja j'ai dit!


 

Un lapin dans la lune


En Asie, en raison de l'angle différent avec lequel nous apercevons la lune, les ombres sur sa surface ne forment pas l'image d'un visage, mais celle d'un lapin. Tout y est: son corps, ses oreilles et sa petite queue ronde. Bon. C'est pas particulièrement pertinent ni édifiant, mais c'est mignon. That's all I have to say about that.

Magnitude 1, juste assez pour faire tomber un château de cartes.



À suivre...


(^-^)

 

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S
le dernier point de ton commentaire m'a intrigué, moi j'y ai toujours vu un lapin à l'envers dans la lune!!! J'ai hâte de voir comment je verrai la lune en Australie!!! À bientôt :)
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