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À l'aventure! Conquérons l'Asie!

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C'est aussi ça, voyager

Debout devant l'autobus qui doit nous faire traverser la moitié de l'île de Flores, Alain, deux amies américaines et moi restons là, interdits, le visage long comme notre incrédulité, avant de laisser tomber un petit rire. Un moment passe, mais rien à faire, c'est bien le nôtre d'autobus et il faudra nous décider à utiliser une de nos mains pour refermer notre bouche et l'autre pour se hisser à bord. Pourquoi diantre l'homme doit-il être muni d'un esprit de projection?!


Il faudra y passer douze heures.


Sur le toit, des hommes s'affairent à encorder les bagages pour en faire une orgueilleuse tour de Babel dont l'équilibre me semble aussi précaire que ma foi en la sobriété du chauffeur. À l'intérieur de l'autobus, 25 places sont disponibles. Nous sommes plus de 40. Des hommes se glissent donc le long des fenêtres et vont s'installer dans leur tour où l'air est meilleur. Ils leur faudra seulement rester alertes pour éviter les branches d'arbres que nous rencontrerons à chaque tournant.


D'autres restent debout, saucissonnés les uns sur les autres. Les portes doivent rester ouvertes afin que ces derniers puissent s'agripper comme ils le peuvent.


C'est mieux ainsi, de toute manière, ça permet de faire un courant d'air et d'éviter d'étouffer sous la fumée des cigarettes qui se consumeront sans répit ainsi que l'odeur de gaz qui se mêle à celle des oignons.


Des oignons. Car notre chauffeur est aussi un homme d'affaire aux grandes visées. Tant qu'à traverser la moitié de cette île indonésienne isolée, qu'il se dit, aussi bien en profiter pour faire des livraisons pour les restaurants.


Ainsi, pour les douze prochaines heures, Alain et moi aurons les genoux dans le menton car, sous nos pieds, l'on a placé d'immenses sacs de petits oignons rouges. Bien que nous soyons cinq sur une étroite banquette de quatre où seulement trois à la fois peuvent accoter leurs épaules sur le dossier, à regarder nos copines nous comprenons que notre situation est presque enviable. À chaque moindre coup de frein, les dizaines de boîtes, de valises et de sacs qui forment un infranchissable mur dans le centre de l'autobus menacent de leur défoncer les genoux. D'ailleurs, après cinq heures, elles décideront de débarquer et de venir nous rejoindre le lendemain. Good for them... 6 autres personnes ont ensuite pris place à bord... (2 out, 6 in?!)


Au rythme impossible d'un maximum de 23 km par heure, notre vieille machine serpente tortueusement sur la route qui relie entre eux les centaines de villages de Flores. Aussi rapidement que nos membres s'engourdissent en raison de notre position inconfortable (on pourrait pas mettre là les enfants?) des gens à bord commencent à avoir mal au cœur. Et, bientôt, on croirait par moment entendre les beuglements des buffles d'eau.


Par contre, ce n'est pas si peu qui fera arrêter notre homme d'affaire au volant de cet autobus, inquiet, sans doute, de manquer le commencement du match de soccer de 19h30. C'est vrai que les hymnes nationales, c'est pas rien...


Mais après 7 longues heures de trajet sans arrêt, sans que personne pas même les enfants ne murmurent une plainte, une blanche a finalement convaincu le chauffeur qu'il devait s'immobiliser. Si ma patience peut être grande, ma vessie n'en a aucune. Pas même besoin de parler le même langage. Mes gros yeux, la répétition du mot « toilet » et de « pleeeease » ont dû l'alerter suffisamment car, au milieu de nul part, il a mis les freins. Me félicitant pour une centième fois d'avoir bu un café avant de partir, j'ai glissé sur les boîtes et les gens afin de me hisser en dehors de mon sarcophage.


Nous étions dans un petit village et, comprenant l'urgence, un homme s'est décroché de l'autobus, m'a devancé et est allé demandé à une femme si je pouvais utiliser les toilettes chez elle.


Elle a acquiescé, je l'aurais embrassée.


Dans la cour arrière, un trou dans le sol, isolé d'une clôture de branches, fut un espace de paradis. Comme quoi, tout n'est qu'histoire de perspective.


À la noirceur, nous avons enfin atteint Bajawa, notre destination. Notre chauffeur, avec tout le respect qu'il avait pour sa clientèle, est d'abord allé livrer toute sa marchandise. Sauf les maudits oignons.


À l'hôtel le plus proche, nous avons jeté nos choses sur le lit et sommes aussitôt ressortis. Il fallait se dépêcher d'aller dans le restaurant du coin: le match de soccer allait bientôt commencer. Juste à temps pour les hymnes nationales!


(^-^)

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