À l'aventure! Conquérons l'Asie!
On ne vous a pas encore dit, mais nous sommes en Chine depuis maintenant deux semaines. Dans la région du Sichuan, pour être exact. À Chengdu, si vous aimez les détails. À l'auberge Sim's cozy, si vous voulez venir nous rejoindre...
Toutes ces journées de silence pourraient se justifier par autant d'excuses; « nous devions préparer notre voyage au Tibet »; « se procurer de l'équipement pour le froid qui nous attend »; « visiter ceci et cela et etc. ». Mais, pour être franc, il s'agit de tout autre chose. Un état d'émerveillement et d'étonnement qui nous a fait nous lever tôt, nous coucher tard et négliger complètement Internet. Bien qu'à tous les jours, nous parlions de vous. Vous n'êtes jamais bien loin, si vous saviez!
D'ailleurs, avant de vous parler de la Chine (j'adore vous faire languir, de toute manière, vous avez bien cinq minutes) nous tenions à vous dire (qu'était-ce donc? Ah! Oui!) combien nous apprécions vos commentaires laissés sur le blog ou nos boîtes de courriels. À chaque fois que l'un de nous deux reçoit des nouvelles, il appelle l'autre et, ensemble, tout sourire, nous lisons vos mots. C'est à chaque fois comme un vent d'encouragement.
Maintenant, la Chine.
Avec 1.2 milliard d'habitants, plus de grandes villes que de grains de riz dans notre bol quotidien, vous comprendrez que deux semaines ici, c'est un peu comme photographier le Château Frontenac et prétendre connaître Québec. (« Oui, oui, ils ont un système monarchique, dira le touriste pressé. J'ai vu Le Château! »)
Mais, tout de même, de cet immense puzzle, nous devons bien tenir maintenant une pièce ou deux. Quitte à faire dans les grands traits. Vous avez bien encore 2 petites minutes? Bah! vous n'avez qu'à déléguer le dossier pressant...
…
À notre arrivée, nous avons été saisi par la « culture de bruit » des chinois.
La musique des centres commerciaux est élevée. Il y a des télévisions plein volume dans les autobus. Et, bien entendu, ils klaxonnent lorsqu'ils conduisent. Parfois, je les suspecte d'ailleurs de seulement s'assurer que leur klaxon fonctionne toujours.
Une seule chose résolument silencieuse: les motos électriques qu'on retrouve à tous les mètres sur la rue. L'unique chose qu'on voudrait bruyante, pour éviter de se faire sans cesse frôler par l'une d'entre elle. C'est que notre vie est parfois menacée ici! Oui, je sais, je ne réussirai pas à nous faire plaindre...
Et puis?
Et puis, nous sommes sous le charme!
Si vous saviez comme ils sont gentils. Pour le bruit, pour les différences, faut croire qu'on s'y fait. Il s'agit d'éviter les crachats sur le trottoir et,de temps en temps, s'offrir une retraite derrière des bouchons pour les oreilles. Alors le charme persiste.
Nous sommes accueillis partout avec l'hospitalité réservé aux amis. Les enfants nous crient « Hello », le sourire accroché derrière les oreilles avant de se cacher dans les jupes de leur mère. Les uns et les autres nous guident dans la ville, nous aident aussitôt que nous avons l'air perdu (ce qui se produit fréquemment, vous parlez chinois vous?) et nous regardent avec la même intensité que si je marchais bras dessus bras dessous avec Brad Pitt. Ou Alain avec Angelina Jolie. Ou les deux, allez savoir.
Dans un élan de rapprochement culturel, Alain a même voulu adopter certaines de leurs habitudes, Je l'ai aussitôt rassuré: la beauté des cultures réside davantage dans la différence que la similitude. Ouf! Échappé belle!
…
À l'autre bout du monde
Oui, je sais, vous allez dire que nous sommes déjà à l'autre bout du monde. C'est ce que nous croyions aussi! Mais nous sommes allés encore plus loin. Vous savez, là où, à la frontière, nous tombons dans le vide? Et où des créatures monstrueuses nous dévorent? Et bien, nous y étions. Sauf que c'était vachement plus joli que ça...
Jiuzhaigou. Je ne l'écris pas pour que vous le sachiez, seulement parce que je suis fière d'avoir enfin retenu comment cela s'écrit. Pour la prononciation, par contre, j'ai encore du pain sur la planche.
Pour s'y rendre, rien de plus simple. Tu te lèves très tôt et attends l'ouverture de la billetterie espérant jouer du coude avec suffisamment d'adresse pour te procurer deux places dans un autobus. Veinard, va! Tu réussis. Tu attends ensuite une heure et montes à bord d'un vieil autobus. Il y a au centre deux poubelles. Pour la gorge. Voir plus haut. (Je vous avais bien dit que l'endroit importait peu...)
Pour les quinze prochaines heures (1-5, 15, j'insiste), tu devras te laisser bercer par les soubresauts, témoins d'une suspension inexistante. Tu auras mal au cœur, ne sentiras plus tes fesses engourdies, ni tes jambes ankylosées. Pourtant, dès les premières heures du périple, tu sauras que tu es en train de traverser le plus impressionnant paysage qu'il t'a été donné de voir. Même pas possible d'y préférer l'avion.
Au-dessous d'immenses montagnes qui jouent à saute-mouton jusqu'à l'horizon, sous des rochers menaçants, à un poil d'une profonde rivière, il y a la route. Le conducteur semble suicidaire. Ça ajoute au côté tragique du paysage. Cent fois, l'autobus s'arrête. Il faut reculer ou se placer à flanc de montagne pour laisser passer les véhicules qui viennent en sens inverse. À un moment, on s'arrête plus longtemps et on comprend, apprend une trentaine de minutes, qu'il faut d'abord dégager la voie jonchée de pierres. Sans doute un éboulement très récent.
Pendant des heures, nous montons vers des sommets toujours plus loin, toujours plus hauts. Si tu t'endors quelques heures, tu te réveilleras sans doute fixé par un gros animal aux longs poils blancs. Un yak. Franchement exotique dans le genre. Tout près, il y aura une dame au lourd fardeau. Si tu portes attention, tu verras qu'il y a aussi un enfant qui dort dans le panier sur son dos. C'est le sien: il a les mêmes grosses joues rouges qui font en sorte que dès le premier coup d'œil, tu tomberas en amour avec les tibétains.
Les drapeaux de prières murmurent dans le vent les souhaits de milliers de personnes.
Et toi même, pendant l'espace d'un instant, tu souhaiteras sauter en dehors de l'autobus. Déjà, tu t'imagineras vivre dans une des magnifiques maisonnettes qui, agencées les unes avec les autres, forment de petits villages. Tu souriras à l'idée d'être au sein de gens toujours souriants. Puis, tu te rappellera tous ceux que tu aimes. Tu te demanderas si tu pourrais vivre à des températures aussi froides, à travailler durement une terre inhospitalière. Puis tu refréneras ton envie de quitter ton banc dur.
À destination, il y a un parc naturel, miraculeusement protégé.
La plus belle vision de ma (courte) vie.
Un miroir qui aurait éclaté voilà plusieurs centaines d'années a laissé des éclats qui forment aujourd'hui sans doute les plus beaux lacs du monde. D'un bleu turquoise qui n'existe qu'avec PhotoShop ou en diluant du colorant dans l'eau. À cinq mètres de profondeur, il est possible de voir distinctement deux petits poissons qui se font la cour. Une eau claire qui n'existe pas même dans les Caraïbes. Faites-moi confiance.
Sur le flanc des montagnes, partout présentes, des chutes d'eau se promènent, contournant les arbres qui y poussent en raison de bulles de calcium fertiles. Les montagnes, tragiques, sont parfois décharnées, tombant à pic dans l'eau. Elles se mirent sur la surface de l'eau, donnant parfois l'impression que les poissons sont dans le ciel et les montagnes sous l'eau.
Nulle part la trace de l'homme, sinon pour les chemins, qui sont d'ailleurs respectueux de la préservation des lieux.
Jiuzhaigou. Je ne l'écris pas pour que vous le sachiez, seulement pour que vous y alliez un jour.
Faites-moi confiance.
(^-^)
Nous quittons le Sichuan ce soir. Nous sauterons dans le train le plus haut du monde. Destination: Lhassa, Tibet. Durée du périple: 11 jours. Des nouvelles dans deux semaines, donc...