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À l'aventure! Conquérons l'Asie!

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Avoir envie d'y croire

Au cœur du centre-ville d'Hanoi, la capitale du Vietnam, se tient un petit lac. Au milieu de l'agitation qui l'étreint, il représente un miraculeux espace de paix et de tranquillité.

Un pont surplombe ses profondes rides et mène à un temple centenaire. De l'intérieur s'élève le chant d'une dame qui rythme ses prières à l'aide de tambours. Malgré les dizaines de touristes qui se promènent entre les murs du modeste endroit, on s'y sent seul. Au loin, les klaxons des motos (qui se sont ici propagés avec la vitesse d'un rhume dans une garderie) semblent à mille lieux déjà.

En dépit du développement industriel, les abords naturels du lac ont été partiellement préservés. Les arbres, se retenant de quelques griffes sur la berge, trempent de longues racines dans l'eau fraîche. On imagine les poissons y trouvant refuge. Mais, en s'approchant, impossible d'en apercevoir aucun. Seul le reflet des arbres dans l'eau qui se colore des teintes de l'insouciance humaine; jaune, vert, mauve: sur la surface une mince couche d'essence glisse et brille aussi sûrement que notre stupidité.

À l'intérieur du temple, le squelette d'une des maintenant très rares tortues géantes est exposé. Un bref commentaire nous explique qu'il y a quelques années, cette espèce vivait ici même. Mais la négligence (i.e. la pollution) et le braconnage les ont éliminées une à une, suivant le rythme inquiétant d'une rangée de domino qui s'effondre. Depuis 2006, nous apprend notre guide de voyage, plus aucune n'a été aperçue. Le groupe de protection pour leur venir en aide semble être intervenu trop tard.

L'endroit est idyllique, mais nous le quittons avec ce mélange d'émotions devenu dangereusement familier: l'impuissance, le désespoir, l'incrédulité. Et la rage. Quelques minutes après, lorsque nous reprendrons notre marche dans la ville, ces émotions se transformeront en coup de fouet qui nous motivera à continuer à croire dans les initiatives individuelles. Sans attendre personne d'autre pour enclencher la marche. Surtout pas nos gouvernements. Surtout pas les entreprises. Et pourquoi cette fois-ci le mouvement ne pourrait pas venir de la masse vers le haut?

(Bon, je laisse là mes considérations et je vous offre une fin heureuse. De celles qui donnent envie de croire.)

Deux jours plus tard, par hasard, nous repassons à nouveau près de ce lac. Cette fois, une foule dense s'y presse. Par-dessus les épaules des autres, les centaines de Vietnamiens et de touristes brandissent un téléphone cellulaire ou un appareil photo pour immortaliser le moment. Les visages sont euphoriques, des motocyclettes s'abandonnent dangereusement le long de la route, des amis en appellent d'autres, les gens courent à l'annonce de la nouvelle.

Une large ombre, pas le moins dérangée par l'attention qu'elle attire, fait d'intermittentes apparitions. Certains visages, comme le mien, est immobile. Comme si je devais me convaincre qu'il soit possible qu'aujourd'hui, pour la première fois en quatre ans, au moment où nous sommes dans cette ville, au moment ou nous passons devant ce lac, cette tortue préhistorique décidait de refaire surface. Son puissant dos brille.

J'ai envie d'y croire.
Pas vous?


(^-^)

 

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