À l'aventure! Conquérons l'Asie!
Le passage est devenu glissant et dangereux. Notre guide, habitué qu'il est aux sentiers de Sapa, est déjà loin devant. Le reste du groupe l'a suivi.
Avant de m'aventurer plus bas, je reprends mon souffle. Cela fait déjà quelques heures que nous marchons et, à porter attention où doit se poser le prochain pas, nous pourrions presque oublier pourquoi nous sommes ici, dans cette ville sertie au nord du Vietnam.
Le paysage.
Sous mes pieds, j'aperçois une vallée d'où courent des dizaines de montagnes. Sur leurs dos, elles portent toutes l'empreinte de ces longues marches de géants sculptées avec une patience de fourmis. Malgré la brume qui enveloppe l'air, je peux voir que les rizières de Sapa doivent comptent parmi les plus belles du monde.
Sur quelques strates, j'aperçois des gens courbés en deux qui vérifient la pousse des tiges de riz. Un buffalo d'eau, stationné un peu plus bas, comme englué dans la vase, remâchouille pour une énième fois un brin gras particulièrement savoureux.
Ici vivent les H'mong noirs, une des cinquante ethnies qui peuplent le Vietnam. Malgré les étrangers qui marchent sur leurs terres à tous les jours, ils sont parvenus à préserver leur culture, leurs traditions et leur foi. Avec un respect immense, ils travaillent la terre à la main et se vêtent des atours ancestraux qui les définissent. Bien que le tourisme leur a sans aucun doute apporté en part égale bonheur et malheur, ils demeurent à notre égard d'une bienveillance hors du commun.
Je reprends ma marche. Il me faut quand même franchir ce passage pour rejoindre les autres. Bon, le pied là? Ou là?
Soudainement, au milieu du paysage embrumé apparaît un visage avenant devant moi. La dame H'mong m'arrive à la taille. Certes, la pente joue en sa défaveur, mais les quatre vingts dernières années lui ont aussi fauché quelques centimètres. Son corps est celui d'une femme qui ne s'est jamais soucié d'un décor intérieur ou de la décoration de son salon. Sa vie, c'est le champs.
Son visage sourit et me regarde avec attendrissement. Je remarque qu'il est forgé des même rides que les montagnes où elle vit.
Et voilà que l'improbable se produit.
D'une main assurée, elle agrippe la mienne et se met en devoir de me faire descendre de mon socle. Agile, souple en dépit de son âge, elle me précède d'un bon pas et m'empoigne solidement. Faut la descendre cette pente quand même! On n'y passera pas la journée!
En dévalant la pente, elle rigole. Ce qui me semble dangereux lui apparaît aussi simple que de marcher sur un trottoir tout comme il faut. Elle me plaît cette vieille dame.
Durant la prochaine heure, elle me suivra pas à pas. Nous ne connaissons pas le langage de l'autre, mais nous nous sourions par moment. Bien entendu, nous nous doutons qu'à un moment où un autre, elle sortira du panier en osier qu'elle porte sur le dos quelques bricoles à nous vendre. Mais vous conviendrez qu'il y a peu de vendeurs aussi décidés.
Dire qu'on apprend aux scouts à aider leurs aînées. Qu'est-ce qu'elle rigolerait cette vieille dame si je pouvais lui conter ça!
(^-^)