À l'aventure! Conquérons l'Asie!
Un matin, à peine sortis des brumes du sommeil, notre hôte nous annonce qu'il serait préférable de demeurer à l'intérieur pour la journée. Ou encore de porter un masque si nous désirons tout de même nous engouffrer dans l'épais nuage âcre qui enveloppe la ville.
Nous sortons, bien sûr, pour se rendre compte, je crois.
Les rues, généralement grouillantes, sont plus tranquilles. Les voitures que nous croisons percent de leurs phares une inquiétante purée de pois. Tout de même, ici et là, hommes, femmes et enfants travaillent et quelques touristes continuent à emplir leurs sacs de souvenirs, comme si le fait de porter un masque ou de devoir appuyer un mouchoir sur le visage ne les gênait pas.
Pourtant, cette fumée qui provient de la technique de slash and burn de nos voisins indonésiens est tout particulièrement dangereuse pour la santé. Après un instant, la gorge nous brûle. Après une marche, la tête nous élance.
Après quelques années? Je vous laisse deviner.
À la vitesse où l'Indonésie brûle ses terres — la grandeur de la Suisse annuellement — nous ne pourrons bientôt plus voir les quelques milliers d'espèces animales et végétales que dans les zoos et jardins botaniques. Déprimé s'abstenir.
Pourtant, nous sommes les seuls ici à plisser le front et balayer les gens d'un regard effrayé. Non pas car nous sommes plus conscientisés. Seulement car cette problématique environnementale est pour nous nouvelle. Car on s'habitue à tout. Et c'est bien malheureux.
À cette journée, nous pouvons accoler encore d'autres images. Celle d'une mer jonchée de bouteilles d'huile. Celle de poissons morts sur la plage. Celle des cours d'eau brunâtres. Celle des policiers qui font la circulation avec des masques...
Oui. Je suis déprimée.
Surtout lorsque je me demande qui voudra bien se charger d'expliquer aux Aleck, aux Charlotte et aux autres enfants de ce monde ce que nous avons bien pu faire avant leur naissance.
Alors dites-moi, qui s'en chargera?
…
L'optimisme reviendra dans le prochain article.
On s'habitue à tout, je vous dis.
(X_X)