À l'aventure! Conquérons l'Asie!
À Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, le dimanche est jour de marché.
À partir de 17 h 00, plusieurs centaines de commerçants prennent d'assaut tout un quartier de la ville qui se ferme à la circulation routière. Bien avant que la totalité de la marchandise ne soit exposée, les rues se congestionnent de milliers de personnes. Bonnes chaussures de marche conseillées, la ville ne peut être tenue responsable pour les orteils écrasés.
Bref, la foule est dense. Partout se pressent avec une joie évidente acheteurs et vendeurs qui marchandent amicalement. Au-dessus des voix se superposent plusieurs musiques: ça et là des enfants jouent, chantent et dansent dans l'espoir de gagner quelques sous. Au joyeux brouhaha s'ajoutent les parfums de grillades qui finissent de saturer tous nos sens. Le dimanche au marché, c'est presque jour de fête.
Bercés par cette masse bruyante, nous nous laissons aussi emporter par l'envie d'acheter de jolis souvenirs. À un moment, je me penche vers un sac à main et, imaginant la joie qu'une amie aura en la recevant, je me décide à marchander. Relevant timidement la tête vers la marchande -serons-nous jamais à l'aise pour négocier?- je comprends qu'une chose étrange s'est produite.
Cette dernière est toujours devant moi mais tout son corps est désormais immobile. Son visage glacé regarde droit devant elle et ses bras tombent, sans vie, le long de son corps. Elle ne me voit pas. Presque inquiétée, je me retourne pour rencontrer l'objet de son regard.
Ce n'est qu'alors que je comprends que le phénomène est beaucoup plus étrange qu'il n'y paraît d'abord. Les milliers de gens autour de moi, qui l'instant d'avant étaient affairés, sont désormais tous immobiles. À l'exception d'un chant grésillant, le silence est complet. Même Alain a le regard fixe et les bras tombants. A-t-il compris plus vite que moi qu'il fallait imiter ces gens?
Subitement, je me sens plongée dans le tournage d'un film. Peut-être au milieu de figurants à qui l'on aurait demandé de figer quelques instants. Sans doute un film d'horreur, ou fantastique, qui vous fiche d'absurdes craintes. Et voilà que vous vous demandez, que ferais-je le matin où je me lèverai et que rien autour de moi ne semblera animé de vie? Oui... vous retournerez vous coucher, bonne idée!
Je jongle pendant un instant entre ces idées illogiques avant de comprendre que le chant grésillant est en fait l'hymne national. Un autre instant pour me rappeler avoir appris la leçon dans notre livre de voyage. Un autre, encore, pour me rappeler qu'ils attendent aussi de moi une immobilité et un silence imperturbables.
Vingt secondes plus tard, comme sortis d'une hypnose collective, tout le monde reprend ses activités où ils les avaient laissées.
- « 200 baths » me lance la vendeuse au-dessus du vacarme, les yeux dans les miens. Mais je ne parviens pas à me rappeler qu'est-ce que je voulais acheter... Des pilules pour dormir peut-être?!
(^-^)