À l'aventure! Conquérons l'Asie!
Le long de la montée vaseuse qui va de la rivière au marché, deux hommes déchargent un lourd panier gorgé de poissons. Sous le poids de l'effort, leurs épaules se creusent, leurs genoux fléchissent.
Sous le cuisant soleil, le front des hommes perle et leur visage se tord avec la même grimace que la branche de bambou qui supporte le plein panier. Aujourd'hui, peu importe que la pêche ait été généreuse, ils ne gagneront pas plus que le nécessaire pour faire vivre la famille. La fin de semaine, les congés payés, la retraite anticipée sont des expressions qui ne trouvent bien rarement leur équivalent au Cambodge.
La scène, sans aucun doute familière, n'attire pas l'attention de notre guide. Pendant qu'il explique aux autres la longue macération de la pâte de poisson-une infâme mixture que même les mouches laissent tranquille- mon intérêt se tourne vers autre chose.
Apparus à la course, trois enfants se ruent sur le petit poisson qui vient de s'échapper du panier que les hommes transportent. Leur visage, noirci par la poussière, s'éclaire d'un sourire qui, étrangement, me fait plus de mal que de bien. Précautionneusement, ils entrouvrent un sac de plastique et y laisse tomber les deux bouchées ainsi amassées. Le panier arrivé au haut de la côte, sachant qu'ils ne cueilleront rien de plus, ils ferment leur sac d'un nœud solide et repartent en courant et criant leur joie.
Peut-il y avoir toujours plus pauvre?
(^-^)