À l'aventure! Conquérons l'Asie!
Régulièrement, le soir, nous nous promenons au fil des rues, guidés par nos estomacs qui nous tenaillent.
Installés un peu partout le long des trottoirs, chaque marchand propose une ou deux spécialités. Bien souvent, une bombonne de propane et une plaque de cuisson, adroitement juxtaposées à une bicyclette, forment l'essentiel de leur espace de travail. Les bols fumants de soupes et de nouilles se composent avec une précision qui témoigne d'années de pratique. L'air est parfumé de grillades, de fritures et de dumplings. Au coin de l'avenue, des chariots de bois débordent d'appétissants fruits et légumes. Tout à côté, un homme fait cuire des pommes de terre sucrées. Tout nous donne envie.
Le plus difficile, c'est toujours de faire un choix. Souvent, nous privilégions l'inconnu, goûtant à deux ou trois plats nouveaux. Mais cela n'a rien de téméraire, notre choix, nous le ferions les yeux bandés tant la nourriture chinoise est savoureuse.
Rectifions les choses: nous n'avons pas de restaurants chinois à Québec. Les nouilles chinoises et le pâté chinois n'ont de chinois que le nom. Oubliez les egg-rolls, les rouleaux impériaux et la soupe won-ton de chez-nous. Les biscuits de fortune sont fabriqués au Canada (lisez l'étiquette). Personne ne mange d'œufs pourris: les œufs de cent ans sont simplement bouillis dans une eau assaisonnée qui leur donne une couleur brunâtre. Et si dans certaines régions le chat et le chien peuvent effectivement être apprêtés sur lit de riz, sachez qu'une loi l'interdit formellement.
En contrepartie, il est vrai qu'ils ne négligent aucune partie d'un animal. Des comptoirs proposent des truffes de cochon, des foies de bœuf, des pénis et des langues de porc (à ne pas confondre) et des canards qui, même frits, vous regardent encore. Bref, ils décomposent l'intérieur de nos saucisses Lafleur pour en faire des plats traditionnels et, ne vous en déplaise, généralement intéressants. À l'exception peut-être de la soupe d'organes, un brouet de morceaux de cœur, de rein, d'intestin, de foie et de sang de veau... Pour homme seulement. Ce n'est pas pour me déplaire.
Cela étant dit, rien ne vous oblige à pousser votre soif de découverte jusqu'à grignoter goulûment tous ces plats. La Chine en a quelques autres milliers à offrir, chaque petite bourgade se targuant d'être dépositaire de plusieurs dizaines de spécialités, toutes aussi excellentes les unes que les autres. La Chine, c'est un voyage de saveurs. Avions-nous vraiment peur de nous lasser de manger du riz? Laissez-moi rire!
…
Ce fut une journée de pluie. De celle qui nous rendent moroses. Au restaurant avec Tina, nous partageons une dizaine de plats qu'elle a choisis. Au-dessus de pattes de poule, de légumes marinés, de languettes d'estomac de veau, d'algues, de pieds de porc, d'un soufflé aux œufs, d'une soupe, de riz et de thé, nous parlons. Au-dessus de nos différences, nous rapprochons nos frontières. Et à manger, et à parler, les différences s'effacent.
Elle est chinoise. Je suis québécoise.
Elle préfère les pattes de poule. Je préfère les algues et le soufflé aux œufs.
Honnêtement, qu'est-ce que ça peut faire?
(^-^)